Née dans l'esprit du Führer dés le mois de juillet 1940, l'idée d'invasion de l'URSS n'aura de cesse de conditionner la politique de l'Allemagne. En effet Jodl, dans ses mémoires évoque les craintes d'Hitler, dés le 29 juillet 1940, face au développement inquiétant de l'Armée Rouge. Dés lors on peut même penser que tous les plans d'invasion de l'Angleterre (Opération Seelowe) ne sont que des leurres.
La première décision est alors, celle de doubler le nombre des Panzer Divisions au mois d'Août. Au détriment du nombre de chars opérationnels dans chacune, mais largement compensée par l'évolution des blindés depuis la campagne de France.
Ensuite, malgré les réticences des généraux (souvent évoquées dans les mémoires de ceux ci mais après coup seulement ...), le quartier général de la Wehrmacht va préparer le plan d'attaque et le 18 décembre 1940, Hitler divulgue sa directive n°21 : L'opération Barbarossa est née.
 
 

Le Führer et Commandant suprême de                                                     Grand-Quartier Général
                  la Wehrmacht                                                                         le 18.12.40
OKW/WFSt/Abt.L (I) N°33 408/40 g.K.Chefs.

Instruction N° 21
Hypothèse Barbarossa,

          La Wehrmacht allemande doit se préparer, avant même de terminer la guerre contre l'Angleterre, à écraser la Russie Soviétique au cours d'une campagne rapide.

          Les préparatifs du Haut commandement s'inspireront des principes suivants :

I. Intention générale.

                 La masse des armées russes stationnées en Russie occidentale doit être anéantie au cours d'opérations hardies, au moyen d'une avance profonde des unités blindés. On devra accrocher les forces soviétiques et les empêcher de se retirer dans l'immensité de l'espace russe.
                Une poursuite rapide doit nous permettre, en un premier temps, d'atteindre une ligne mettant le territoire du Reich allemand hors de portée de l'aviation russe. L'objectif final de l'opération est d'arriver à dresser une véritable muraille de protection contre la Russie d'Asie, sur la ligne Volga-Arkhangelsk. le cas échéant, la Lutfwaffe pourra détruire le dernier refuge industriel russe sur l'Oural.

. . . . . . . . . .

II. Alliés probables et leur missions.

. . . . . . . . . .

III. Conduite des opérations.

A) Forces terrestres (ratification des projets qui m'ont été soumis).
          Dans la zone d'opérations que les marais du Pripet divisent en une moitié nord et une moitié sud, l'effort principal sera porté sur la partie nord. Il faudra y prévoir deux Groupes d'armées.
          De ces deux Groupes, celui qui sera situé le plus au Sud - au milieu de l'ensemble du front - aura pour mission, au moyen d'unités blindées et motorisées particulièrement importantes, de déboucher de la région situé autour de Varsovie et au nord de cette ville, et de détruire les forces ennemies en Russie Blanche. Ainsi seront établies les conditions nécessaires pour que des unités puissantes composées de troupes rapides puissent se retourner vers le Nord, et, en collaboration avec le Groupe d'armées Nord, venu de Prusse orientale et opérant en direction générale de Leningrad, anéantir les forces ennemies engagées dans les pays baltes. Ce n'est qu'après avoir rempli cette mission essentielle nécessairement suivie de l'occupation de Leningrad et de Kronstadt, qu'on entreprendra l'offensive dont le but sera d'occuper  le centre important de communications et de fabrications d'armement que constitue Moscou.
          Seul le cas d'un effondrement extraordinaire et rapide de la résistance russe pourrait justifier la poursuite simultanée de ces deux buts.
          Le Groupe d'armées engagé au sud des marais du Pripiet  portera son effort principal dans le secteur de Lublin, en direction générale de Kiev, pour surgir sur les flancs et dans le dos des forces russes avec de puissantes unités blindés et les écraser au cours d'une campagne dans les régions du Dniepr.
          Une fois livrées les batailles du sud et au nord des marais du pripiet, l'exploitation sera activement poursuivie, en vue d'occuper rapidement :

          au sud : le bassin du Donetz, capital au point de vue de l'industrie de guerre;

          au nord : Moscou

         La prise de cette ville constituera un succès décisif au point de vue politique et économique, ainsi que la mainmise sur ce noeud ferroviaire important.

. . . . . . . . . . . . . .

                                                                                                         Signé : Adolf Hitler
 
 

Il est frappant de remarquer que les clés de la réussite de ce plan se trouvent dans sa directive.
Lorsque l'on s'attaque à un pays 46 (!) fois plus vaste, il ne peut être question de résonner en conquête territoriale. Seul un écrasement des armées ennemies à la frontière et la destruction de son économie peuvent l'entraîner vers la défaite.
Dés lors des questions comme : Kiev plutôt que Moscou n'ont plus de sens. Tout comme Napoléon, le but est : la destruction des armées adverses avant qu'elles ne se replient dans l'immensité Russe.
La rigueur d'un hiver exceptionnel n'explique rien non plus, encore moins que la boue, la victoire était pour les premières semaines après ...
Il est troublant de remarquer qu'après la victoire, il n'est aucunement question d'aller plus loin que la Volga (une explication de l'attitude désemparante devant Stalingrad de ne pas neutraliser les forces placées sur la rive opposée ?!).

Les mois qui suivirent furent utilisés à transférer le plus discrètement possible, et de préparer la plus grande armée de l'Histoire.
Le transfert d'unités sur la frontière orientale du Reich commenca au mois de février 1941.
Aux 25 divisions déja en place en Pologne et en Roumanie, s'ajoutèrent 7 divisions en mars, 13 en avril, 30 en mai et 51 (!) dans les premiers jours de juin.
Et le jour arriva ...
 

Voici l'ordre de bataille tel qu'il fut lu à chaque soldat allemand la nuit même précédant l'attaque, des limites de l'océan Arctique aux rivages de la mer Noire :

" Soldats du front de l'Est !
Écrasé par de lourds soucis, je me suis tu pendant des mois.
Voici l'heure venue : mes soldats, je peux enfin vous parler à coeur ouvert :
Environ 160 divisions russes sont massées à notre frontière. Voici des semaines que des violations continuelles de cette frontière se répètent, non seulement chez nous, mais aussi dans l'extrême-nord de la Roumanie.
Voici le moment, soldats du front de l'Est, où nous allons accomplir une entreprise qui, par son extension territoriale et par les forces qu'elle met en jeu, est la plus grande que le monde ait jamais connue. Au nord, sur les bord de l'océan Arctique, nos camarades commandés par le vainqueur de Narvik, agissent en liaison avec les divisions finlandaises.
Quand à vous, vous constituez le front de l'Est. Enfin, en Roumanie, sur les rives du Pruth, du Danube aux rivages de la mer Noire, soldats allemands et roumains sont réunis sous le commandement du chef d'état Antonesco. Si cet ensemble d'armées, le plus grand de l'histoire du monde, passe maintenant à l'attaque, ce n'est pas seulement pour créer les conditions indispensables à la conclusion définitive de cette grande guerre ni pour protéger les pays momentanément affectés, mais pour sauver toute la culture et toute la civilisation européennes.

Soldats allemands ! Vous allez donc affronter un combat pénible et lourd de responsabilités. Songez-y : le sort de l'Europe, l'avenir du Reich allemand, l'existence de notre peuple sont désormais entre vos mains.

Puisse dans ces combats le seigneur Dieu nous assister tous !

Adolf Hitler
 

Le Dimanche 22 juin 1941 à 3h15, la paix est morte. La bête a pris son premier souffle, a poussé sa première clameur, sinistre, effroyable ...
 
 

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