Bas relief dédié à la "forteresse-héros" à l'intérieur du Hall de gloire du musée de la Grande guerre Patriotique "Poklonnaïa Gora" à Moscou.

On retrouve sous le dôme de la victoire les noms des 11695 Héros de l'Union Soviétique gravés sur les murs en marbre.

Situé au carrefour de nombreuses routes (Varsovie-Moscou, Bialystok-Vilnius, Pinsk-Gomel) et voies ferrées, tout en bordant le canal du Dniepr au Boug, Brest-Litovsk occupe une position stratégique de premier ordre. Une position qui suscitera la convoitise de ses voisins durant tout le second millénaire, des Chevaliers Teutonique à Napoléon en passant par les cosaques.
Cependant le développement de la ville se fera toujours lentement, à l'ombre de sa citadelle et de ses forts se multipliant sans cesse.
Lieu du traité du 3 mars 1918, qui consacre le retrait de la Russie de la première guerre mondiale, la ville sera ensuite occupée par les polonais en février 1919.

Le 22 septembre 1939, la forteresse tombe aux mains de l'Union Soviétique, après une courte occupation allemande.
Des troupes allemandes et russes y défilent même pour célébrer la victoire et ce, sous les yeux du général Guderian et du général russe Krousvoschen
 

Au matin du 22 juin 1941, une bonne partie de la garnison manque à l'appel (travaux sur la frontière, manoeuvres ...) et ce sont 7 à 8000 hommes qui se retrouvent face à l'armada allemande qui a fait de la prise de cette citadelle l'un de ses objectifs principaux de cette première journée de guerre.
Situé dans le secteur du 28ème corps d'armée (4ème Armée / Front de l'Ouest), la citadelle est tenue principalement par des hommes des  6ème et 42ème Divisions de tirailleurs.
 

La prise de la citadelle échoit à la 45. Infanterie Division qui appartient au XII. Corps d'armée détaché pour le début de la bataille au 2. Panzergruppe de Gudérian. Situé donc, sur l'axe de progression principal du fer de lance de l'armée allemande, la prise de la place forte revêt donc un caractère primordiale.
La route doit être libéré pour toutes les unités qui suivent les Panzers et l'infanterie devra ensuite rendre "étanche" la poche qui sera formée par les troupes rapides. C'est pour cela que le choix c'est porté sur une division d'élite de la Wehrmacht (ancienne 4éme division autrichienne). Une division très lourdement renforcée par 12 batteries d'artillerie lourde (obusiers géants de 280, 615 et 800 mm pouvant tirer des obus brisants de 4000 Kg) et par 9 batteries de Nebelwerfer soit environ 500 pièces d'artillerie. Les Ju-87B sont aussi de la partie.
Voici le plan de bataille de la 45. Infanterie division (133 I.R. gardé en réserve).
 

5 à 10 minutes, avant le déclenchement du barrage d'artillerie, des groupes d'assaut allemands s'emparent par surprise, dans d'audacieux coup de main, des ponts sur le Boug.
Les soldats allemands observeront, stupéfiés, à 2h00, sur le pont du chemin de fer qui franchit le fleuve, l'arrivée d'un dernier train de céréale qui était arrivé de la rive russe. C'était la dernière livraison de céréales que Staline devait faire à son allié Hitler ...
Puis, comme sur toute le ligne de front, à 3h15, un formidable barrage d'artillerie s'abat sur la ville.
Pendant ce temps, des détachements traversent le Boug sur des canaux pneumatiques afin de s'emparer par surprise de la citadelle.

Les quatre premières minutes passées, la première vague d'assaut bondit, à exactement 3h19, tirant ses canots pneumatiques jusqu'au rivage. A 3h23, c'est au tour de la seconde vague.
Les hommes s'élancent alors sur la rive, traversent un jardin, dépassent des arbres fruitiers et de vieilles écuries, franchissent le chemin de ronde. Maintenant, en avant, à travers la porte en miettes !
Et c'est la surprise : le tir de l'artillerie, même les obus lourds des mortiers de 615 mm, n'a put entamer les formidables murs de la citadelle.
Le bombardement n'a fait que réveiller les Russes et les préparer à recevoir l'attaque. A peine vêtus, ils se sont rassemblés et ont occupé leurs positions de combat.

A midi, les 130. et 135. IR piétinent, et le renfort, dans l'après-midi du 133. IR ne change rien.

Au premier soir, déjà 21 officiers et 290 sous-officiers et soldats étaient déjà tombés ...
 

Fort de Volhynie

Entourant l'hôpital, celui ci tombera faute de munitions dés le premier jour.
Ailleurs, les combats continueront jusqu'au 25 juin notamment prés de la porte sud.

Fort de Terespol

Les troupes allemandes arrivent à pénétrer dans le fort dés le déclenchement de l'assaut, mais seront rejetées en partie dans la journée.
Pourtant, seulement 300 hommes en composent sa garnison, mais deux hommes énergiques et déterminés (Akim Tcherny et Fedor Melnikov) arrivent à maintenir la cohésion. Malgré tout, le commandement, sous la puissance des assauts allemands, décide d'effectuer deux sorties. Très peu d'hommes survivront à ces percées vers le fort de Volhynie (nuit du 24 au 25 juin) et vers la citadelle (30 juin).
Des combats de nettoyage très durs se poursuivront jusqu'au début juillet et seulement 15 défenseurs y survivront.
Mais les pertes seront très lourdes également au III. bataillon du 135. I.R. et au premier groupe du 99. Rgt d'artillerie.

Fort de Kobrine

C'est le plus grand des forts détachés. Défendu par un millier d'hommes du 44e RI (42ème Division) sous les ordres du commandant Gavrilov.
Cette fois les défenseurs doivent même affronter des chars et parviendront à repousser ou à détruire les blindés. S'y signaleront le lieutenant Ivan Akimotchkine et le commissaire politique Nikolaï Nestertchouk.
Malgré leur infériorité en tout, les défenseurs parviendront néanmoins à maintenir leur positions au soir du 22 juin.
La nuit, le lieutenant Sergueï Chramko, à la tête d'un petit détachement arrive même à poser des mines autour du fort. Il sera tué à la dernière sortie. Ces mines causeront la perte de plusieurs chars et certain de leur équipages. Face à cette défense redoutable, les allemands rompent le combat et reprennent le matraquage d'artillerie.
Le 24 juin, la défense se concentre autour de la porte nord, malgré quelques canons anti-chars de 45mm, elle doit de replier sur le secteur est.
Le 29 juin, malgré la fatigue et la soif, les défenseurs refusent toute reddition et c'est alors à la Luftwaffe d'intervenir avec des bombes de 500 kg. Les casemates finissent de s'effondrer, le dépôt de munitions saute, la brique fond sous la chaleur ! Enfin les assaillants entrent dans la cour intérieure.
Enfin le 23 juillet, le commandant Gavrilov, blessé est fait prisonnier, il sera libéré par les troupes soviétiques en avril 1945 !

A noter dans un groupe de bâtiments, un petit détachement allemand qui avait réussi à expulser les occupants russes du rez-de-chaussée fut exterminé au corps à corps par dix volontaires qui étaient descendu avec des cordes depuis le premier étage.

La Citadelle

Porte de Terespol
 

Comme partout ailleurs, attaques et contre attaques se succéderont, notamment par les lieutenants Kijétov et Potapov et les survivants du 333e RI (6ème Division).

Porte de Chelm
 

Haut lieu de la résistance Russe.
Pourtant dés le matin du 22 juin, un groupe allemand parvient à s'introduire au coeur de la citadelle par la porte de Térespol, et peut ainsi diriger le tir de l'artillerie, interdisant ainsi tout mouvement des défenseurs.
Malgré tout, des éléments du 84e RI (6ème Division), résistent fanatiquement dans les ruines des casernes attenantes à la porte de Chelm, sous l'impulsion énergique du commissaire politique Efim Fomine. Menant de multiples contre-attaques ils feront subir de très sévères pertes à l'ennemi et isoleront une partie des troupes engagée dans la citadelle.
Fomine ne réussissant pas à contacter l'état-major de la 4ème Armée, fit alors passer se message en clair "Ici la forteresse, ici la forteresse : nous continuons le combat". Dés lors les allemands savaient ce qui leur en coûterai ...
Se distinguera le lieutenant Vassili Bytko, qui malgré les mitrailleuses, les incendies réussira à rejoindre la forteresse en traversant le Moukhavets à la nage.

Porte de Brest

Même terrible résistance où se distingueront les lieutenants Nicolaï Chtcherbakov, Anatoli Vinogradov et le commissaire politique Piotr Kochkarov.
Deux blindés arrivent à pénétrer dans la cour centrale, mais l'un deux est détruit avec un canon anti-char seulement manúuvré par deux servants.
Le 24 juin, alors que la porte de Brest reste aux mains des russes après des engagements aux corps à corps, le ministre des affaires étrangères du Reich, Ribbentrop, déclare que la résistance soviétique s'est effondrée sur toute la ligne de front ...
Les assiégés tenteront plusieurs sorties de ce piège, mais elles échoueront toutes.
27 juin : Les mortiers super-lourds de 540 et 600 mm commencent à pulvériser la citadelle.
29 juin : Un nouvel ultimatum est rejeter. Des obus brisant 2 mètres de bétons sont utilisés. Ils ne seront utilisé qu'à Sebastopol et Brest-Litovsk.
Enfin Zoubatchev et Fomine seront capturés. Le premier mourra en 1944 au camp de Hammelburg, le second sera fusilier le 30 juillet devant la porte de Chelm.

A noter enfin le point d'appui du Palais Blanc prés de l'ile centrale. Une grosse bombe d'avion explose à l'intérieur de l'édifice. 2 Survivants, le sergent chef Kouvaline et le soldat Volkov seront abattus derrière la dernière mitrailleuse en action.
 

Le bilan

Quelques chiffres pour commencer. Alors que du 22 au 30 juin 1941, l'armée allemande, forte de 3 millions d'hommes perdra 8886 tués, la seule 45. Infanterie Division déplorera 482 morts (dont 80 officiers) et plus de 1000 blessés.
Les russes perdront environ 2000 à 2500 tués et autant de prisonniers.
Mais par son action, cette résistance ralentira considérablement le mouvement des unités d'infanterie qui devaient empêcher aux troupes soviétiques de s'échapper de la poche de Bialystok-Minsk.
Et enfin, malgré le terme excessif de "Verdun de l'Est", cette action galvanisera toute la résistance soviétique des premiers mois de guerre.

Alors que le front semble semble avoir céder "facilement" partout ailleurs, il est remarquable qu'un seul lieu est était le siège d'autant de résistance et d'héroïsme dont la cause semblait déjà vaine après quelques heures de combat. Des combats continueront alors que le front était déjà 400 kms plus à l'est !

Pour finir, ce symbole de la résistance; Une inscription pathétique sur les murs de l'église :
"Nous sommes trois moscovites : Ivanov, Stepantchikov et Chuntaiev. Nous défendons cette église, et nous avons juré de ne pas céder. Juillet 1941."
Plus bas, le même Ivanov ajoute cet ultime message :
"Je suis seul. Stepantchikov et Chuntaiev sont tombés. Les allemands sont à l'intérieur de l'église.
Il me reste une grenade, mais ils ne m'auront pas vivant."
 

La citadelle sera libérée dans la nuit du 27 au 28 juillet 1944.

Le 8 mai 1965, le Praesidium du Soviet Suprême de l' U.R.S.S. attribuera à Brest-Litovsk le titre de "forteresse héros" et lui décernera l'Ordre de Lénine et celui de l'Etoile d'Or des Héros.
 
 


Cette page n'est que le résumé d'un excellent article de Bernard Crochet paru dans 39-49 magazine.
Je me suis contenté de le compléter avec quelques éléments personnels et des détails du livre de Paul Carell.
Les photos actuelles de la forteresse viennent du site officiel : http://city.bresttelecom.by/ct/page1e.html
Je vous invite également à retrouver les photos d'époque dans ma galerie du 22 juin
 
 
Vitrine du musée de la Grande Guerre Patriotique de Moscou "Poklonnaïa Gora" dédié aux défenseurs de la forteresse.

Cliquez dessus pour en retrouver les détails.



 

 

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