En fait c'est aux aviateurs allemands que reviendra le "privilège" d'être les premiers soldats à entrer en guerre sur le font de l'Est.
Le début des combats, fixé à 3h15, impliquait que les bombardiers soient déjà à la verticale de leurs objectifs à l'heure dite. C'est donc aux alentours de 2h00 que les premiers décollages pour des missions de combats survinrent en ce matin du 22 juin. Et pour ce qui allait devenir la plus écrasante victoire aérienne de l'Histoire.
En effet en quelques heures tout le potentiel aérien de l'Union Soviétique allait être annihilé pour de longs mois, ce qui contribuera de façon décisive aux grandes victoires de la Wehrmacht pendant l'année 1941.

Je vous propose donc un aperçu zone par zone de l'écrasement de l'aviation soviétique.
 
 

Front Ouest

Situé sur l'axe principal de toute la poussée allemande (la moitié des forces blindées engagées pour Barbarossa sur un front de seulement 300 kms), c'est à la Luftflotte 2. du Général Feldmarschall Kesselring que revint la mission de préparer le terrain aux blindés.
Un groupe de choc est alors constitué avec 344 bombardiers ainsi que 309 bombardiers en piqué Junkers 87 B, le tout escorté par prés de 612 chasseurs (principalement des Me 109 F).
A noter la présence d'une trentaine d'avions de reconnaissance, de 83 avions de transport et de 261 appareils de coopérations avec les forces terrestres, ce qui porte à un total de 1637 avions de combats (retrouvez le détail des unités dans la rubrique "Ordre de bataille") jetés sur les 1789 avions soviétiques encore stationnés sur leur terrain d'envol.
Il est faux de penser que l'agression allemande est été une surprise pour le haut commandement soviétique mais il est certain que les ordres de mises en alerte n'avaient, loin s'en faut, atteint les échelons de commandement subalternes. Et c'est sur des avions alignés comme à la parade et à peine camouflés sur leur aérodromes que vont fondre les escadrilles de bombardiers et même de chasseurs allemands.

La première attaque devant se dérouler en pleine nuit, il fut donc décider que pour chaque aérodrome, on enverrait 3 bombardiers pilotés par des équipages ayant l'expérience du vol de nuit. Les chasseurs étaient eux aussi déjà au rendez vous, dés 2h50 pour le II./JG53.
Et c'est alors que commença une véritable curée, dont les allemands furent les premiers surpris. Rien que pour la 9ème division aérienne soviétique, on compta 347 avions détruits sur ses 409 avions disponibles.
Son commandant, le général Sergueï Tchernykh, fut fusillé dés le 27 juin, accusé d'inactivité criminelle, il était pourtant "Héros de l'Union Soviétique" ...
A noté dans ce secteur, le comportement du capitaine Youri M. Berkal, dont 3 de ses escadrilles du 129ème régiment de chasse, décollées à 4h05 parvinrent à abattre 3 Heinkel 111 de la KG53.
Mais à la fin de la journée ce régiment n'existait déjà plus.

La 210. escadrille rapide de bombardement équipées principalement en Bf 110 attaqua 14 aérodromes, détruisit 344 avions au sol, plus 8 autres en combat aérien. Certains de ses pilotes effectuèrent 6 (!) vols en cette seule journée.
 
 

Dans le secteur de la 11ème division aérienne soviétique, les russes parvinrent à faire décoller 53 chasseurs, mais c'était pour retrouver leur terrain occuper par les chars à leur retour de missions. Cette division perdit 127 de ses 199 avions.

La 10ème division aérienne connu un peu plus de succès, malgré des terrains situés à 14kms de la frontières et pris sous le feu de l'artillerie ennemie. 18 SB attaquèrent le ferry transbordant les forces blindées et motorisées sur le Bug, mais pour un coup au but, le prix fut terrible : les 18 bombardiers furent détruits lors du trajet de retour.
A noter, que c'est durant cette attaque que fut abattu le capitaine Heinz Bretnütz, commandant le II./JG53. Bien que récupéré, l'amputation trop tardive de sa jambe, entraîna son décès le 26 juin. Ce fut l'aviateur allemand de plus haut rang victime de la première journée de combat, il était de plus titulaire de la croix de chevalier de la croix de fer.
Le comportement des chasseurs de cette division fut héroïque lors de la défense de Brest et de Kobrine, mais à la fin de la journée, la division avait perdu 180 de ses 231 avions.

Au soir du 22 juin, le bilan était édifiant ! 738 appareils soviétiques avaient été perdus dans ce seul secteur. Soit prés de la moitié des forces aériennes initiales. La lutfwaffe enregistra ... 12 pertes !
Quand il comprit l'ampleur du désastre, le commandant soviétique de secteur, le général Ivan I. Kopets, se suicida, il avait 34 ans.
 
 

Front Nord

La première attaque eut lieu dans ce secteur à 02h55, sur l'aérodrome lithuanien de Alyitus, par un détachement de la 5./ZG26. Dans la matinée, 9 autres aérodromes furent attaqués, puis 11 autres dans l'après-midi.
Cependant, dans ce secteur, les 675 appareils de la Luftotte 1. ne détruisirent "qu'une" centaine d'avions soviétiques. Par contre l'effet sur les troupes au sol fut considérable, et contribuât largement au succès de tout le Groupe d'armées Nord. En plus des colonnes de troupes soviétiques bombardées, l'attaque de la 5ème division blindée permit de prendre les ponts sur la Nieman intacts. La perte de ces points de passages à des endroits où la largeur des eaux dépasse les 100 mètres aurait stopper pour de longs jours l'avancée des blindés vers Leningrad.

A l'extrémité nord du front, aucun vol sur Mourmansk ne put être effectué du fait d'une météo exécrable.
 
 

Front Sud Ouest

C'est dans la région de Kiev que se trouvait déployé le fer de lance de l'aviation soviétique. Pas moins de 1913 avions dont 1670 d'un type récent. De même, les équipages y avaient une meilleure formation. A noter, un soin particulier au camouflage du fait de la pression du général Yevgueni S. Proukhine, chef de ce district militaire.
Mais face à cela, les allemands concentrèrent de nombreuses forces également. Et entre 4h00 et 5h00, ce ne sont  pas moins de 400 appareils qui attaquèrent 24 bases situées en Ukraine.
A noter, à 3h40, ce qui pourrait être la première victoire allemande sur le front de l'Est. celle du lieutenant Robert Olejnik de la 1./JG3. abattant un I-16.
Malgré quelques succès, la surprise fut la aussi totale. Certains crurent même à un exercice ! (nous étions un dimanche) et ce fut prés de 277 avions qui furent détruits au sol.
Cependant, c'est dans ce secteur que la chasse soviétique remportât le plus de succès face notamment aux bombardiers. La KG51 fut particulièrement éprouvé par la perte de 15 de ses Ju 88. Et au total, la Luftwaffe perdit dans ce secteur 35 appareils. Mais ce fut le prix, d'une couverture sans faille des troupes terrestres allemandes qui ne subirent qu'une seule attaque durant toute la journée.
 
 

Front Sud

C'est dans le secteur d'Odessa que les aviations allemande et roumaine connurent le moins de succès.
Seuls 6 aérodromes furent atteints. On peut considérer que les pertes en avions soviétiques n'exedèrent pas les 50 appareils. A noter que la première victoire aérienne fut obtenue par le lieutenant Moscu, montrant là un courage propre aux pilotes roumains compensant en partie leur inexpérience.
 

Bilan du 22 juin 1941.

Même les sources soviétiques, pourtant d'habitude si "prudente" avanceront un chiffre de 1136 avions détruits. Les allemands donnant 1489 avions détruits au sol et 389 abattus en combat aérien contre seulement 63 appareils et 133 hommes du personnel naviguant perdus.
Le ciel de l'Union soviétique était alors libre pour de longues semaines pour toute l'aviation allemande, ce qui allait être un facteur déterminant pour les victoires rapides des forces blindées allemandes.

Mais un fait aurait du alerter les allemands très tôt de ce que deviendrait pour eux la guerre à l'Est.
A 4h25 dans le secteur Sud-Ouest, le chef d'une patrouille du 46ème régiment de chasse, le lieutenant I.I. Ivanov, ayant épuisé toutes ses munitions, choisit de percuter un bombardier allemand qu'il abattit.
De terribles pratiques qui déstabiliseront le mental allemand et galvaniseront l'esprit russe jusqu'en 1943 ...

On note dans le journal de marche de la JG51. cette déclaration qui augure mal de ce que sera toute la guerre à l'est pour l'Allemagne : "... l'obstination des pilotes russes devint proverbiale, ils n'évitaient pas les tirs de DCA et n'effectuaient aucune manúuvre évasive lorsque les chasseurs allemands piquaient sur eux. Leurs pertes furent énormes. Il arriva très souvent que pas un seul des avions lancés ne revint à la base. mais il en venait sans cesse d'autres. Devons nous être satisfait de ce comportement et le considérer comme le mépris de la mort, ou secouer la tête devant leur sacrifice insensé ? Ce comportement est l'un des grands mystères de l'âme russe."

En ce soir du 22 juin 1941, la bataille était gagnée, une gigantesque victoire pour la Luftwaffe, mais la guerre, elle, ne venait que de commencer ...
 
 

Cet article n'est que le résumé du chapitre consacré au 22 juin paru dans le numéro 12 du trimestriel "Batailles aériennes" agrémenter de quelques autres documents. Pour en savoir plus et surtout profiter de la superbe iconographie, je vous engage à l'acquérir. Vous ne serez pas déçu ....
 
 

Retour à la page : Opérations

Retour à la page d'accueil